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Le Yukon, ruée vers les grands espaces

Une aventure racontée par Hélène • Le 6 commentaires

Le Yukon, c’est loin. Mais ce territoire du nord canadien, terre des chercheurs d’or et des hordes de caribous, des vrais grands espaces et des lièvres blancs, est résolument magnifique ; les journées de route pour l’atteindre ou le traverser en valent largement la chandelle !

La Top of The World Highway

La partie sud du Yukon nous en avait déjà mis plein la vue alors que nous nous dirigions vers l’Alaska. En y retournant par la Top of the World Highway, plus au nord, nous sommes de nouveau époustouflés par la grandeur du paysage ; la seule et unique route à des centaines de kilomètres à la ronde chemine sur le flanc de petites montagnes qui s’étendent à perte de vue, inviolées, paisibles et loin des vicissitudes du monde…

La “ville” de Chicken nous fait sourire, par son nom de volaille et sa taille ridicule. La commune compte certainement plus d’ours au mètre carré que d’habitants… Et en voilà un ! Nous voyons d’abord sa tête dans les fourrés, puis l’ours noir enjambe la rambarde de sécurité, renifle le panneau et se dandine jusqu’aux buissons de l’autre côté de la route, comme si nous n’étions pas là.

Pendant le long coucher du soleil, la route longe un ruisseau parsemés ça et là de caravanes neuves ou de cabanes délabrées ; des orpailleurs ont élu domicile ici, à vivre de quelques pépites. Nous dormons bien loin de chez nous…

Surprenante Dawson City

Quelques miles après la frontière canadienne, un traversier nous amène sur l’autre berge de la large rivière Yukon. Nous découvrons alors l’étonnante Dawson City, ville du Klondike, la ruée vers l’or canadienne ayant eu lieu de 1896 à 1899.

Alors que nous nous attendions à un far west reconstitué et ringard, nous découvrons un petit bourg entier aux bâtisses en bois multicolores parfois branlantes, à la chaussée de terre et aux trottoirs de planches, mais surtout à l’activité effervescente et à la population dynamique, dû entre autres aux nombreux jeunes venant y faire la saison chaque été, dans les hôtels-restaurants ou l’exploitation aurifère, industrielle désormais.

Dawson City semble être restée dans le jus de son histoire, très importante pour les canadiens. Vieillotte et kitsche, elle vit toutefois à l’heure des coffee shop vegan, des cafés-concerts et de la bonne humeur communicative de ses habitants qui survivent tous les ans aux hivers à -50°…

Dans un café tenu par un français, nous rencontrons trois jeunes allemands, Léo, Barbara et Friedel, avec qui nous partons à la recherche des bateaux échoués sur les plages de la Yukon River.

Le Tombstone Territorial Park

Aussi loin au nord, nous ne pouvons manquer d’aller faire un tour au Tombstone Territorial Park avant de redescendre enfin vers le sud. C’est la Dempster Highway, route non bitumée en direction d’Inuvik, qu’il faut emprunter ; l’entrée de la piste annonce 370 km avant la prochaine station service, recommande deux pneus de secours et prévient de l’absence de services médicaux d’urgence…

La piste longe une rivière tumultueuse ; puis les sapins se font rares, découvrant des montagnes noires et pointues et une multitude de lacs à leurs pieds.

À l’approche du cercle polaire, nous atteignons la toundra. Fini la forêt boréale ; des petits buissons recouvrent le sol, abritant des centaines de lièvres ayant perdus leurs poils blancs d’hiver et qui viennent grignoter sur le bas côté. Nous campons ici pour notre nuit la plus au nord de notre voyage ; à minuit le soleil se couche à peine derrière l’horizon…

Whitehorse

Pour atteindre Whitehorse, la capitale du Yukon, nous redescendons la Dempster Highway, tout crottés, pour rejoindre la Klondike Highway. La route nous ennuie parfois, droite parmi les épinettes, quelques collines et la Yukon River.

À Whitehorse nous retrouvons la civilisation ; nous y rencontrons Chantal et Jean-Marie, les premiers français que nous croisons depuis Vancouver Island, qui voyagent avec Doozie, leur Land Rover formidablement aménagé. Ils viennent d’Halifax, tout à l’est, projettent d’aller jusqu’à Inuvik et Anchorage, avant de redescendre aux États-Unis.

Wwoofing chez mémé toc-toc

À une trentaine de kilomètres de la ville, nous passons six jours en Wwoofing dans la ferme de Joanne. Son terrain est immense mais partiellement exploité, manquant d’entretien et surtout d’eau depuis le début de la saison. Aussi travaillerons-nous assez peu, Joanne passant son temps à nous raconter sa vie et ayant peu de projets pour sa ferme.

Préparer la cabane pour les poussins, construire un abri pour les moutons, retourner le compost et semer des graines dans le pré, voilà nos quelques travaux. Nous dormons dans une cabane dans le bush et nous faisons dévorer par les moustiques !

Après la riche expérience chez Kathleen, ici nous nous ennuyons ferme. Nous aimerions gagner notre gîte et notre pain en travaillant et apprenant davantage, mais le babillage incessant et improductif de Joanne nous épuise, surtout qu’elle commence à être méchante envers nous et à montrer des signes de folie d’une personne ayant passé trop d’hiver seule avec ses chiens… Le courant ne passe plus du tout et nous préférons reprendre la route plus tôt que prévu !

L’Alaska Highway, vers le sud

Retour sur l’Alaska Highway, mais en sens inverse cette fois-ci. Nous nous lançons dans plusieurs jours de route en direction des parcs nationaux des Rocheuses canadiennes. En quittant la ferme, nous prenons en auto-stop Jacob Carr, petit-fils de la peintre canadienne Emily Carr, qui commence une activité florissante de laser sur bois et dont le skate était tombé en rade sur la route.

À Watson Lake, un soldat américain travaillant sur la construction de l’Alaska Highway dans les années 1940, est à l’origine d’une collection gigantesque de plaques d’immatriculation et panneaux signalétiques, environ 70 000 !

Les centaines de kilomètres qui suivent sont riches en vie sauvage : de nombreux ours noirs solitaires qui se restaurent dans les fourrés, un troupeau de bisons, bisonnes et bisonneaux marchant dans un grand silence sur la route, des chèvres sautant par-dessus les rambardes, et une ourse noire et ses deux oursons !

Une pause aux sources chaudes de Liard nous ressource de ces interminables journées de route. Il fait presque trop chaud pour se baigner dans les eaux à 40° !

Comments 6

  1. Pin

    J’avais parcouru quelques un de tes/vos textes au début de l’aventure. Dans celui-ci, on vous sent rompus à l’aventure. C’est très évocateur, les photos sont superbes. Bravo. Continuez. Et bon sang quelle formidable voyage!

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      Hélène

      Merci beaucoup !
      L’aventure ça fatigue un peu ;) Mais quand on pense à tout ce qu’on a fait, on voyage une nouvelle fois. J’espère que ça donne envie à d’autres !

    1. Post
      Author
      Hélène

      Je la revois encore parler, parler, parler pendant des heures, sans rien faire d’autre en même temps. Des heures, je vous jure !
      Au moins on a travaillé notre anglais.

  2. Maud taboada

    Salut et bravo de nous faire voyager aussi loin. Je te suggère un livre qui m’a fait voyager au Canada aussi:
    Elles ont fait l’Amérique : de remarquables publiées. De Serge bouchant.

    1. Post
      Author
      Hélène

      Allo Maud, et merci !!
      Je note la référence, en ce moment je parcours L’Amérique des écrivains : road trip, de Pauline Guéna et Guillaume Binet, ça me rappelle notre voyage.
      J’espère que vous aurez l’occasion d’aller aussi loin vous aussi !

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